Ayons le courage de le dire : nous sommes des privilégiés!

Mesdames et messieurs les gilets jaunes, je vous aime mais après trois semaines d’agitations et de manifestations diverses j’ai envie de vous dire : s’il vous plaît, redescendez sur terre, faites taire un moment votre colère et vos émotions (si justes soient-elles) et regardez bien notre pays. Regardez-le bien en face, non pas en lui-même mais dans le concert des nations, à l’échelle de la planète et des enjeux à venir. Il n’est pas seulement un des plus beaux et des plus visités au monde, il est aussi un des plus justes en matière de redistribution des richesses et de protection sociale. C’est une évidence par rapport à l’immensité des pays en voie de développement mais aussi par rapport à nos voisins immédiats : Allemagne, Espagne, Italie, Royaume-Uni, sans parler des Etats-Unis d’Amérique où l’écart entre riches et pauvres n’a cessé de se creuser pour atteindre de nos jours des proportions gigantesques qui n’ont rien à voir avec ce que nous vivons nous en France.

Qu’il y ait eu des maladresses du gouvernement, c’est peu dire. Il  y a eu de grossières erreurs dans la manière d’ordonner ces réformes dans le temps et l’espace.  Par exemple, d’avoir commencé le quinquennat en supprimant l’ISF (tout au moins en partie) et en augmentant presque simultanément la CSG des retraités.  Elles révèlent un manque d’égards vis-vis de cette classe moyenne, celle-là même qui  a dû supporter le plus gros de la crise de 2008.

Oui, c’est vrai, il y a aujourd’hui en France, un nombre croissant de familles qui a du mal à joindre les deux bouts. Toutes les statistiques sont là pour le prouver. Peut-être 10% de nos concitoyens. Il est urgent que l’Etat fasse encore plus qu’il ne l’a déjà fait pour leur venir en aide. Non pas demain mais immédiatement. Mais notons tout de même en passant que si la cause directe de cette flambée de violences est due à l’augmentation du prix des carburants, l’origine du divorce entre le pouvoir et nos concitoyens (employés, salariés aux revenus modestes) remonte à bien plus haut dans le temps et résulte d’une accumulation d’oublis, de maladresses, d’incompréhensions dont les gouvernements précédents, qu’ils soient de gauche ou de droite, ne peuvent aujourd’hui s’exonérer. Ils sont pour le moins coresponsables de la situation actuelle.

Mesdames et messieurs les gilets jaunes j’ose l’affirmer ici, des nombreux pays où j’ai eu l’occasion de séjourner non pas quelques jours comme le font la plupart des touristes, mais le plus souvent des mois et parfois des années, le nôtre est sans aucun doute un des plus privilégiés. Je voudrais tellement que vous en preniez conscience. Faut-il le dire et le redire;  nous avons le meilleur système de protection sociale et le meilleur système de santé. C’est aussi en France que les inégalités sont les plus faibles (même si elles sont encore trop fortes !), où l’accès aux études supérieures est moins cher que partout ailleurs (un avantage inouï quand on y pense !), où les services publics (chemins de fer, poste…) bien que de plus en plus défaillants hélas, sont encore les plus corrects, etc.

Et puis surtout, nous appartenons au tout petit nombre de pays dotés d’institutions démocratiques où les citoyens sont libres de s’exprimer comme ils l’entendent, où la presse est pluraliste, où les débats contradictoires peuvent s’instaurer à l’initiative de quelques-uns (on le voit ces jours-ci !). Dans le monde dur que nous vivons, c’est un incroyable privilège.

Alors, chers gilets jaunes, s’il est bon et même parfois salutaire de descendre dans la rue pour défendre les acquis sociaux ou combattre les injustices de toutes sortes et de rappeler ainsi à nos élus leurs devoirs envers nous, leurs mandants, sachons aussi raison garder et nous méfier des va-t-en guerre de tout acabit qui ne pensent qu’à tirer les marrons du feu, à se servir  de vous plutôt qu’à servir votre cause et le pays par la même occasion.

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